31 mars 2026

kim et jimmy


  


 

L’histoire entre Jimmy/Saul et Kim, n’est pas une romance classique, mais plutôt une relation fondée sur des dynamiques inconscientes complexes, mêlant désir, transgression et co-dépendance. Ils se reconnaissent profondément dans leurs failles. Jimmy cherche constamment validation et amour, souvent liés à une blessure narcissique ancienne (rejet, notamment par son frère). Kim, elle, est extrêmement contrôlée, rigide, tournée vers la réussite. Chacun devient pour l’autre un miroir réparateur : Jimmy voit en Kim une version idéalisée de lui-même (disciplinée, légitime). Kim voit en Jimmy une part d’elle-même refoulée : liberté, transgression. Un élément central de leur relation est le plaisir qu’ils prennent à manipuler, tromper, contourner les règles. Leurs « arnaques » ne sont pas seulement des moyens : ce sont des rituels érotiques sublimés. On pourrait parler de jouissance au-delà du principe de plaisir. L’excitation qu’ils partagent vient du fait de franchir l’interdit ensemble. Leur amour se nourrit moins de tendresse que de complicité dans la faute.

 

Contrairement à beaucoup de couples de fiction, ils ne cherchent pas à  « se sauver »  mutuellement. Ils savent, souvent, qu’ils vont trop loin. Cela évoque une relation où le sujet ne se ment pas totalement à lui-même, mais choisit malgré tout, la répétition. On est proche de la compulsion de répétition : continuer un comportement destructeur en pleine conscience. Leur couple fonctionne comme une sorte de pacte implicite : « Je valide tes dérives si tu valides les miennes. » Chacun renforce les défenses et les dénis de l’autre. la réalité morale extérieure est progressivement exclue. Le couple devient un système fermé, auto-justifié. La rupture (psychique avant d’être concrète) survient quand les conséquences de leurs actes deviennent impossibles à symboliser et quand la culpabilité, longtemps refoulée, fait irruption. Kim, en particulier, incarne le moment où le Surmoi reprend le dessus : elle interrompt la dynamique, là où Jimmy choisit de s’y abandonner totalement (devenir Saul). On peut se poser les questions : s’aiment-ils vraiment ? Où sont-ils addicts à ce qu’ils deviennent ensemble ? Leur lien ressemble à une addiction relationnelle, où l’objet du désir n’est pas l’autre en tant que tel, mais l’état psychique produit par la relation.

 

L’histoire entre Jimmy/Saul et Kim est moins une romance qu’un lien de co-construction symptomatique. ils ne se complètent pas pour guérir, ils se complètent pour aller plus loin dans leur faille. C’est ce qui rend leur relation à la fois profondément intime et tragiquement destructrice.

 

Vince Gilligan, Better Call Saul, série télévisée américaine (2015)

Bob Odernkik, Jimmy MacGill/Saul Goodman

Rhea Seehorn, Kim Wexler

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