08 janvier 2026

godard et bardot...




Jean-Luc Godard avait un rapport à la fois admiratif, ironique et critique avec Brigitte Bardot — un mélange très godardien, en somme. Il reconnaissait pleinement la puissance iconique de Bardot. Pour lui, elle n’était pas seulement une star populaire, mais un phénomène visuel et culturel, presque un “fait de civilisation”. Dans Le Mépris (1963), il la filme comme un corps devenu image, un objet de regard qui incarne à la fois le désir, le cinéma commercial et la modernité. La célèbre scène d’ouverture, où Bardot demande à Michel Piccoli s’il aime chaque partie de son corps, est typique de Godard : il montre Bardot (exigence des producteurs), tout en réfléchissant sur le fait de la montrer.
 
Godard se méfiait profondément du star-system, et Bardot en était l’un des symboles majeurs. Il ne la méprisait pas personnellement, mais il voyait en elle : une marchandise du cinéma capitaliste, une image façonnée par le désir masculin et l’industrie plus qu’une actrice “psychologique” au sens classique. Il disait en substance que Bardot était moins une actrice qu’un signe, un peu comme Marilyn Monroe pour Hollywood. Contrairement à Anna Karina, Bardot n’était pas une partenaire artistique ou intellectuelle proche pour Godard. Il ne cherchait pas à explorer son intériorité, mais à utiliser ce qu’elle représentait : la beauté, la célébrité, la contradiction entre art et commerce. Godard pensait de Brigitte Bardot qu’elle était une image sublime et essentielle au cinéma moderne, un symptôme de son époque, mais pas une actrice qu’il abordait de façon sentimentale ou naturaliste. Il l’a filmée avec intelligence, lucidité et distance, jamais avec idolâtrie — ce qui est peut-être, chez Godard, une forme de respect.

 

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